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samedi 10 décembre 2005, par Mohand
IMAZATENE
Un tel titre va-t-il de soi ? C’est méconnaître l’histoire des peuples Berbères dont les traditions sont exclusivement orales. Les témoignages écrits sont éparpillés et parcellaires pour l’Antiquité, et de seconde main pour le Moyen-Âge. Ils proviennent des chroniqueurs et des historiens
musulmans, qui leurs accordent peu de crédit au demeurant. Cela supposerait
donc des années de recherche, et le travail de toute une vie, pour cerner
ou dégager une spiritualité primitive. Quant à celle de la population
kabyle c’est complètement irréaliste, tant les témoignages écrits sur
elle sont récents : ils remontent tout au plus à la fin du 15ème siècle. Les historiens retiennent, dans ce domaine, quatre sources de renseignements principales ; elles sont, dans l’ordre : les gravures rupestres (pour l’essentiel sahariennes), l’Egypte, la Grèce et les auteurs romains. L’art pariétal, en vérité, est affaire d’interprétation. L’un des spécialistes, dans ce domaine, est H. Lhote. Il
est peut-être le premier à avoir déceler les similitudes entre la
civilisation égyptienne et celle des Libyens, à prendre dans un sens large
(du Nil à l’Atlantique). De sorte qu’un égyptologue a cru pouvoir affirmer : " [Ce dieu] le plus longuement vénéré des dieux égyptiens - qui parfois n’eurent qu’une existence éphémère - portait un nom qui, dès le début de son histoire, le prédestinait à l’absolue royauté : " le caché ". Car le fait d’être dissimulé dans le mystère de l’invisible, de n’apparaître dans sa forme véritable qu’en songe extraordinaire ou après la mort, était bien le principe même du pouvoir de tous les dieux. Mais d’où lui venait ce nom ? Sans doute du très ancien mot berbère aman, " eau ". Avant même qu’Amon n’apparaisse sur les bords du Nil au début du Moyen empire, petit dieu d’une petite bourgade insignifiante qui allait devenir la rayonnante Thèbes quelques siècles plus tard, sans doute était-il adoré dans quelque sanctuaire encore plus modeste du désert libyque : on suppose qu’une divinité de ce nom-là (donc dieu de l’eau) se cachait aux yeux des oasiens berbères depuis la préhistoire, dans l’oasis de Siwa où un temple oraculaire de l’Amon égyptien serait très tôt bâti. Il se peut bien qu’Amon soit ainsi né dans une oasis berbère, et qu’il ait acquis là quelques-uns des attributs qui allaient faire sa gloire. Dieu de l’eau dans le désert, il était donc, déjà dieu de la vie, source de tout. Comme de nombreux dieux de l’eau en Afrique, il était déjà associé à la figure d’un bélier : tout au long de son histoire, et jusqu’au Zeus Ammon des Grecs, il sera souvent représenté par un bélier, un homme à tête ou à cornes de bélier. " - Alain Blottière, " Petit dictionnaire des dieux égyptiens. Zulma 2000. Par ailleurs les Guanches
(Berbères des îles Canaries) auraient eu, d’après
R. Basset, un dieu portant le nom d’Aman, signifiant Seigneur et
appliqué au Soleil. Tout comme Amon, dieu bélier à l’origine, est
devenu dieu solaire par sa fusion avec Ré. Voir également les réflexions d’un historien, Marcel Benabou (la résistance africaine à la romanisation, François Maspéro, 1976) : " Les pratiques magiques berbères destinées à obtenir la pluie, dont certaines ont subsisté jusqu’à l’époque moderne, ont été souvent étudiées, mais dans une perspective plus ethnologique qu’historique. […] Nous nous contenterons donc de signaler les mieux connus de ces faits. Ce sont d’abord les baignades et les aspersions d’eau, rites de magie imitative élémentaire. La promenade de la " ghonja ", cuiller de bois symbolisant la terre assoiffée, que l’on affuble de chiffons comme une poupée en lui attribuant le nom de " fiancée d’Anzar " (c’est-à-dire : " fiancée de la pluie "), fait appel à une religion plus élaborée, puisque le rite se réfère à une sorte de mariage mystique entre la terre et la pluie, mariage qui donne naissance à la végétation. " " L’eau, comme la vie, vient du ciel et c’est au
ciel que siègent les divinités majeures des anciens Africains. Les témoignages
sont anciens et très respectables. Hérodote dit que le Soleil ainsi que la
Lune recevaient des sacrifices de tous les Libyens à l’exception de ceux
qui habitaient sur les bords du lac Tritonis ; Pline l’Ancien et
Diodore confirment cette assertion. Ibn Kahldoun la répètera en affirmant
que parmi les Berbères se trouvaient, au moment de la conquête arabe, des
adorateurs du Soleil et de la Lune. Mais le texte majeur nous semble être dû
à Cicéron (De Republica). Lorsque Massinissa, pourtant fortement imprégné
de culture punique accueille Scipion Emilien, ce n’est ni Baal Ammon, ni
Tanit, ni Melqart qu’il invoque : " Je te rends grâces, Soleil
très haut et vous autres divinités du ciel… " On ne peut, évidemment,
garantir la véracité de ce texte, mais si la forme a reçu quelques
enjolivures sous la plume de Cicéron, le fond est vraisemblable et
l’ensemble ne manque pas de grandeur. " Puisque toutes les tentatives n’ont pas abouti jusqu’ici, pourquoi ne pas utiliser l’unique élément qui est à notre disposition, la langue berbère ? Nous sommes, en effet, convaincus que c’est par cette clef
que nous pourrons obtenir des résultats probants. Tous les chercheurs qui
ont étudié les populations amazighes, sur le plan historique ou
ethnographique, ont négligé cet outil, soit parce qu’ils n’avaient pas
la maîtrise de la langue amazighe justement, soit parce qu’ils ne la
considéraient pas utile pour leur entreprise. Elle recèle pourtant un
inventaire précieux des croyances anciennes. |
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